Lundi 15 avril, les élèves de 4e avaient rendez-vous avec Eric Sanvoisin, auteur du Parloir, qui fait partie de la sélection 4e / 3e du Prix Trégor Ados 2013.

Cette rencontre était l’occasion de parler du roman, des choix de l’auteur, ainsi que de son travail de création.

Comme entrée en matière, la discussion s’est portée sur la fin du roman, qui donne lieu à débat chez les lecteurs : cette fin ouverte en gêne certains, qui aimeraient qu’on leur raconte la fin de l’histoire. D’autres, au contraire, apprécient cette fin qui laisse place à leur imagination.
Eric Sanvoisin raconte que lorsqu’il a mis le point final à ce texte, pour lui, l’histoire était terminée.
Aujourd’hui, au fil de ses rencontres avec ses lecteurs, il se dit qu’une suite serait peut-être envisageable, à condition de trouver une autre forme, un autre point de vue. Celui de Déborah, peut-être ? Une suite permettrait aux lecteurs frustrés de suivre Yan, sans léser les autres (pas obligés de la lire !).

Et pourquoi avoir choisi la prison comme cadre d’un roman ?
C’est un lieu qu’Eric Sanvoisin fréquente de temps en temps, car il y passe quelques heures par mois, dans la bibliothèque, où il rencontre des prisonniers. Alors oui, il s’est inspiré de choses qu’il connaît. Par exemple cette loi tacite qui veut que le prisonnier ne raconte pas pour quelle raison il est là.
Mais il s’est aussi beaucoup documenté avant d’écrire, car personnellement, il n’est jamais entré dans un parloir, dans une cellule, etc. Pour être crédible, il faut que le lecteur sente la prison. Alors, après avoir choisi de situer son roman en prison - il songeait même, dans un premier temps, à n’écrire que des scènes de parloir - il a passé des semaines à lire des documents sur la vie dans les prisons, sa promiscuité, sa violence quotidienne.

Et quels personnages l’ont le plus marqué ?
Yan, bien sûr, mais il reste un mystère. Laure est touchante dans son amour pour son frère. Il y a aussi Abou, dont l’humanité fait tant de bien à Yan. Quant au Fouineur et à Déborah, ce sont des personnages sur lesquels il laisse planer le doute. Il y a aussi l’idée que personne ne peut être tout à fait bon ou tout à fait mauvais.

La conversation glisse alors sur le travail de l’écrivain : Eric Sanvoisin est à ce jour l’auteur d’une soixantaine de textes, qui s’adressent à presque tous les âges : des premières lectures (c’est lui l’auteur du Buveur d’encre !) aux lectures adolescentes.
Aujourd’hui, un nouveau roman est en préparation, sur un autre sujet douloureux : les jeux dangereux. Ce texte, dont il a commencé l’écriture, il ne sait pas encore s’il deviendra un jour un livre : ce sont les éditeurs qui décident de publier ou non un titre.
Et d’aborder la difficile condition d’écrivain : il écrit, mais une fois son texte écrit, il doit se trouver un éditeur. Le parloir a essuyé de nombreux refus avant d’être publié chez Gründ. Là encore, l’éditeur lui demande de modifier son texte, en l’occurrence, ici, il a dû le raccourcir, en en supprimant des chapitres entiers ! Sachant qu’Eric Sanvoisin ne consacre que deux heures par jour à l’écriture, pour un rendu de 2-3 pages, ces coupes sont parfois douloureuses !
D’autre part, c’est aussi l’éditeur qui choisit la couverture (Eric Sanvoisin est très satisfait de celle du Parloir !) et l’éventuel illustrateur.
Enfin, l’éditeur et l’auteur passent un contrat. Dès que le contrat est signé, le texte n’appartient plus son auteur, mais à l’éditeur, qui peut l’adapter pour des films, par exemple, sans demander son avis l’auteur !
De plus, l’auteur touche très peu d’argent : Eric Sanvoisin ne touche que 0,5 € par exemplaire vendu ! Autant dire que pour un auteur il est très difficile de vivre de sa plume. C’est pourquoi Eric Sanvoisin exerce un autre métier, mais lié aux livres : il est bibliothécaire à Saint-Brieuc.

Et pour terminer sur une note littéraire, Eric Sanvoisin nous a fait la lecture… d’un petit texte, écrit pour les plus jeunes, à paraître en album : La tortue et le lièvre.

« La rencontre avec l’auteur était très agréable et intéressante. J’ai appris beaucoup de choses sur l’écriture d’un livre, et sur le métier d’auteur. » (Marie)