Un chercheur de la Station Biologique de Roscoff est parti en Antarctique le 27 décembre 2013 pour un mois, une mission suivie par des collégiens

Encadrés par Mme BRIGANT, professeur de SVT, des élèves du collège suivent la mission en Antarctique POLARIS. Cette mission est décrite en pièce jointe.

Régulièrement, ces élèves écrivent au chercheur et reçoivent de ses nouvelles.

Vendredi 10 janvier 2014, Stéphane HOURDEZ répond :

« Les recherches que nous avons proposées s’intéressent à l’effet de la température sur des vers trouvés en Antarctique. Nous travaillons aussi dans d’autres climats et voulons comparer la réponse des animaux à une augmentation de température. Les vers sont pratiques car ils sont abondants, ils ne régulent pas leur température interne et on trouve des espèces proches vivant dans des milieux très différents. Il faut savoir que la température est un facteur clé de la distribution des espèces sur notre planète. Vous savez qu’on ne trouve pas naturellement des espèces tropicales sous nos latitudes (par exemple, les girafes ne se trouvent qu’en Afrique). Il en est de même pour les animaux marins. En Antarctique, les animaux vivent depuis des millions d’années à une température très basse (-1.8°C) et très stable. On s’attend donc à ce qu’ils soient très sensibles à une augmentation, même faible, de la température. C’est ce que nous allons tester. Vous savez tous que le climat terrestre tend à se réchauffer. Ce réchauffement est particulièrement marqué aux pôles. En Antarctique, la Péninsule on a déjà enregistré une augmentation de 1°C de l’eau de mer. Du coté de Dumont d’Urville, on n’a pour le moment pas eu d’augmentation notable de la température. En travaillant dans cette zone, on aura donc accès à des populations pas encore affectées par le changement de température.

Pour aller un peu plus loin… Cette année, nous allons surtout récolter des animaux, les identifier et les congeler en matériel de référence pour en extraire de l’ADN une fois de retour au laboratoire à Roscoff. L’ADN, comme vous le savez, est le lieu de stockage de l’information génétique et nous séquencerons différents gènes qui nous intéressent pour au moins une cinquantaine d’individus de chaque espèce. Ce qui nous intéresse, c’est le polymorphisme, c’est à dire des petites modifications de la séquence entre différents individus qui contribue à la variabilité d’une espèce (pensez, par exemple, à la couleur des cheveux, des yeux, etc… chez l’homme). La théorie moderne de l’évolution prédit que dans un milieu extrêmement stable en température comme l’Antarctique, il devrait y avoir une diminution du polymorphisme qui confère une adaptabilité aux variations de température. C’est ce que nous allons rechercher dans nos espèces d’intérêt. »

Retrouvez le blog de l’expédition

Mardi 7 janvier 2014, premier message de nos collégiens :

« Bonjour,

Tout d’abord nous vous souhaitons une bonne année, et de belles découvertes. Nous espérons que votre voyage se fera sans encombres et votre que votre séjour en Antarctique se passera bien.

Ici en Bretagne, il y a eu beaucoup d’inondations.

En quoi consisterons vos recherches ?

Nous attendons de vos nouvelles.

Cordialement

Les élèves du collège de Lanmeur : Claire, Laura en classe de troisième ; Tual et Raphaël en classe de quatrième.

La correspondante : Gwenaelle »

Mardi 11 janvier 2014

Bonjour,

La fin de votre séjour approche, nous avons quelques questions à vous poser :

1- Est-ce que les plongeurs qui restent sur place prélèveront des vers et vous les enverront ?

2- Retournerez- vous à DDU pour une autre mission ?

3- Pensez-vous que l’Antarctique sera peuplée par l’homme un jour ?

Cordialement, Raphaël et Tual ( collège aux 4 vents, Lanmeur )

Les réponses de Stéphane HOURDEZ :

> 1- Est-ce que les plongeurs qui restent sur place prélèveront des vers et vous les enverront ?

En fait, les plongeurs sont des chercheurs tout comme nous et reviendront en France en meme temps. Donc nous n’aurons plus d’échantillons qui seront mis de cote apres notre départ. En plus de cela, les echantillons qu’ils nous ramenaient devaient être triés, ce qui représentait 2-3 h de travail après avoir récupéré les prélèvement. Il serait difficile de demander à quelqu’un de faire ce travail en plus de celui de la plongée.

> 2- Retournerez- vous à DDU pour une autre mission ?

Absolument ! Le programme de recherche POLARIS est prevu sur 3 ans, y compris un peu de marge si, pour differentes raisons, les choses prenaient du retard. Il y a beaucoup d’inconnues sur les conditions meteo et de la glace, donc l’Institut Polaire prevoit aussi de pouvoir rajouter une annee si nécessaire. Donc, nous reviendrons l’année prochaine, en esperant que la debacle ait lieu.

> 3- Pensez-vous que l’Antarctique sera peuplée par l’homme un jour ?

Je doute fortement que l’Antarctique soit peuplé par l’homme un jour : l’environnement reste extrêmement hostile à l’homme et notre présence ici requiert des moyens lourds, couteux en énergie. Outre les motivations scientifiques, les ressources minières intéressent des compagnies, en particulier du coté de la Peninsule Antarctique, ou les conditions sont un peu moins difficiles. Cependant, les pays avec la responsabilite de morceaux du continent Antarctique ont signé un moratoire (qui est réévalué de temps en temps) pour ne pas établir d’activité industrielle sur le continent. Personnellement, j’espere que ces exploitations minieres n’auront jamais lieu : l’ecosystème reste particulièrement fragile et le réchauffement climatique a déjà un effet prononcé aux pôles. L’acquisition de ressources (aussi disponibles ailleurs) peut-elle justifier l’altération d’un écosystème, la disparition d’espèces ? Je ne le pense pas…

Mardi 24 février : les dernières questions :

Bonjour et merci pour vos réponses.

Nous étions curieux de savoir aussi quelles espèces de poissons sont pêchées à DDU.

Enfin de compte, quelles sont vos meilleurs souvenirs de l’Antarctique ?

Bon retour.

Amicalement.

les collégiens de Lanmeur

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